We can't go home again : Critique et test dvd


Connu des cinéphiles pour avoir incarné un certain renouvellement Hollywoodien, offert au Western américain un pendant féministe (Johnny Guitare) et fait de James Dean l’éternel reflet cinématique d'un jeunesse en roue libre (La fureur de vivre), Nicholas Ray est à l'honneur cet automne avec la sortie française d'un double DVD frappé du sceau de Carlotta Films. Au menu : We Can't go home again, œuvre méconnue, fruit expérimental et estudiantin d'un cinéaste en bout de bobine. La chose sera disponible le 24 septembre prochain, dans un master restauré et suivi de près par une palanquée de suppléments. Ecranbis.com lui ouvre ses colonnes numériques...


Début des seventies, la soixantaine au compteur, Nicholas Ray, Raymond Nicholas Kienzle de son véritable nom, pose ses valises au Harpur College (Université de Binghamton dans l'état de New York) où il aura la tache d'enseigner le cinéma. Depuis le douloureux tournage des «55 jours de Pekin» (1963), superproduction parfois présentée comme son «chant du cygne» et dont il fut dessaisie en cours de tournage (le film sera terminé par ses assistants mais Ray restera crédité en qualité de réalisateur), l'homme a posé la caméra à terre. Black-listé par la fabrique à rêve et la machine à cash, Ray se lance dans l'un de ses tous derniers travaux pelliculaires. «We Can't Go home Again» sera tourné entre l'automne 1971 et le début d'année 1973, avec l'aide de ses étudiants et sans véritable scénario en vue. Un jet expérimental imprimant différents format, 35mn, 16mn, 8mn, vidéo et aux montages fluctuants. Les premiers cut débutent un périple festivalier dès 1972, le film sera d'ailleurs projeté à Cannes en 1973. Ray continuera à tourner des séquences et à ré-éditer «We Can't go home again» jusqu'à sa mort en 1979. 


Un voyage pelliculaire, résolument rétro, intello et expérimental, à parcourir d'un œil cinéphilique, ne serait-ce par l'étonnante conclusion qu'il offre à la carrière très Hollywoodienne de son géniteur.

Le résultat se faufile entre l'essai et l'œuvre testamentaire. Bizarroïde en tout point et spécifiquement par la déstructuration de son réceptacle... Le sacro-saint cadre qui contient, et parfois enferme, ce qui a bien voulu imprimer la pellicule. Ray se frotte à l'image composite et au split screen tout en échappant aux concepts classiques de la narration simultanée ou du brassage de points de vue. Il serait ici plus question de décors sociétaux, de discours symboliques et de rêves vidéo-psychédéliques aux significations, faut-il l'admettre, gentiment opaques. Les cadres s'y baladent, superposent, s'y grignotent et sur-impriment ou squattent seuls le quart d'un écran, attirant l'attention d'un zoom qui n'en est justement par un. Dans les suppléments, l'on prévient de la plus paradoxale des manières le chemin qui a conduit Ray à cette technique de fenêtrage ne serait en rien théorique... Mais simplement rendu nécessaire par le besoin impérieux du cinéaste de s'affranchir des formats académiques. On savoure cette non théorie théorisée...Tour de passe passe prototypaire de la génération dont l'oeuvre de Ray se veut l'instantané.




Dans son fond, le métrage semble tout aussi singulier, auto justifiant son récit par sa genèse. Entre existentialisme tronqué et serpent se mordant la queue. 

 «We can't Go home again» raconte son propre tournage, les tourments de Ray, sa relation avec ses étudiants et les étudiants eux-même dans un sac de nœud tenant à priori autant de l'autobiographie que de la fiction, de l'improvisation, du documentaire comme de la mise en scène. Le film prend de facto la tournure d'un exercice conceptuel narcissique assumé, se reluquant le nombril avec excitation, voire un forme de jouissance. Ray s'amuse sans doute avec quelques décennies d'avance d'une génération «Peace and Love» décidément très à l'écoute d'elle même (elle le restera) , si apte à fermer les yeux sur ses propres contradictions et surtout promise à devenir l'architecte d'un ultra-consumérisme acharné, y compris idéologique . «We can't go home again» est il un apéritif qui laisse entrevoir le dessert ? Difficile d'aller jusque là mais certaine séquences prennent une curieuse pente divinatoire et prophétique. Chacun trouvera dans ces 90mn ce qu'il est venu y chercher. C'est d'ailleurs l'idée maîtresse d'un film refusant à ce point un narration structurellement classique. Tout n'est qu'interprétation, et au bout du tunnel tout n'est qu'individualisme. Un concentré des 70's ?


 
Un oeil sur le disque:

Carlotta Films livre un double DVD très chargé en Bonus et présentant un master 1.33 restauré en Version originale anglaise sous titré français. A coincer sous la dent : des entretiens avec Jim Jarmusch (18mn), Bernard Eisenschitz (19mn), "The Janitor" (épisode de Wet Dreams réalisé par Nicholas Ray), les Rushes de Marco (28mn), à propos de Marcos (9mn). Le deuxième disque délivre un documentaire de 70 mn réalisé par Susan Ray et titré "Don't expect too Much".

Le menu du DVD